Le protectionnisme est notre salut.

Le protectionnisme est notre salut.

Au moment même, où de grandes puissances économiques révisent leurs choix stratégiques, le discours politique de nos élites est pollué d’appel à prendre d’assaut les marchés étrangers. Alors que nos entreprises peinent et jettent l’éponge l’une après l’autre, faute de pouvoir s’imposer dans leur espace vital qu’est le marché intérieur, nous réduisons les taxes à l’importation et nous légalisons les franchises étrangères. Un aveuglement que rien n’explique sauf l’incompréhension du monde dans lequel nous vivons et la collusion d’intérêts entre les milieux politique et affairiste. Le soutien du second au premier est tributaire de sa docilité et de son empressement à veiller sur ses intérêts.

Pendant ce temps, le bateau coule. Le prix en est un endettement insoutenable, une détérioration de valeur de la monnaie et par conséquent du pouvoir d’achat. L’économie en récession entretient un chômage endémique et clive la société en une faible minorité prospère et une majorité appauvrie. Il en découle un désengagement social de l’État contraint à une austérité dont font les frais le service public et les plus défavorisés. Comment s’étonner par la suite de la médiocrité du niveau scolaire, des difficultés d’accès à la santé, à la justice ou de l’insécurité grandissante et de l’instabilité sociale ?

A toute période ses contraintes et ses solutions. Il n’y a pas de bonnes et de mauvaises politiques économiques, il y a des choix appropriés ou inappropriés.

Il y a une urgence qui exige d’abord d’arrêter l’hémorragie, de stopper le déclin et d’inverser la tendance. Ceci passe par l’instauration d’un protectionnisme sectoriel que j’appelle de mes vœux depuis 2012. Libre à certains de le considérer comme un repli. Dans ce cas appelons-le repli stratégique. Une étape nécessaire pour redonner à nos entreprises une protection à même d’assurer leur pérennité. Elle mettra en concurrence nos entreprises les unes avec les autres. A l’issue de cette confrontation, seules celles qui se seraient montrées compétitives en maîtrise de coût de production ou en qualité survivront. Le temps également pour que nous réapprenons à vivre selon nos moyens. Le temps est venu de restaurer l’échelle de valeurs et chasser le bling-bling et l’ostentatoire, nocif. Le temps est venu de se focaliser sur l’essentiel et de chasser le superflu.

Se protéger c’est reconnaitre notre incapacité actuelle à faire face à la compétition. Réaliser ses limites n’a rien de déshonorant mais s’entêter dans l’erreur est criminel.

Les pays développés, les États-Unis en tête, redoublent d’ingéniosité pour tirer le maximum de bénéfice du commerce mondial avec des procédés qui laissent peu de place à une véritable compétitivité même dans les domaines où les pays sous-développés auraient un avantage comparatif. Ils recourent à divers subterfuges pour promouvoir leurs propres exportations dont l’application de la règle d’origine. Dès lors, les pays confectionnant des produits textiles à partir d’un coton d’origine américaine ont droit à des préférences dont ne jouissent pas ceux qui recourent à un coton moins cher et de meilleure qualité tel que l’égyptien. N’est-ce pas là un protectionnisme déguisé ?

La multiplication des obstacles non tarifaires établit de fait une barrière protectionniste infranchissable pour les pays sous-développés et les prive de l’accès aux marchés des pays développés, rendant le libre échange caduc.

Une des cartes maitresses en notre possession pour faire face au rush des importations et donner de la compétitivité à nos entreprises est l’application de la TVA sociale. Une augmentation de la TVA associée à une baisse des charges sociales, par la réduction des cotisations patronales et salariales. Il en découlera une réduction des coûts de production et une augmentation du salaire net perçu par le salarié. En conséquence, l’effet de la hausse de la TVA sur les produits locaux sera annulé par cette mesure, leur donnant davantage de compétitivité. Par ailleurs, le salarié percevant un salaire net supérieur à ce qu’il était avant l’augmentation de la TVA, aura un meilleur pouvoir d’achat.

Quant au manque à gagner relatif aux recettes des caisses sociales engendré par la réduction des cotisations sociales, il sera comblé par l’allocation d’une part de la TVA perçue.

L’adoption d’une politique protectionniste est une conséquence logique devant la détérioration de notre balance d’échanges. Il est illusoire de tabler sur une augmentation des exportations pour faire face à ce déséquilibre. Nos exportations sont limitées par notre faible compétitivité et par leur faible diversité. Nous devons travailler méthodiquement pour gagner sur les fronts de la compétitivité, de la diversité et de la valeur ajoutée. C’est un impératif vital mais hélas hors de portée dans l’immédiat. L’urgence est de juguler le déficit et de relancer l’économie. La seule option qui reste est le protectionnisme afin de reporter la demande intérieure sur une offre intérieure. L’augmentation de la demande reportée sur les entreprises locales boostera l’emploi et l’investissement, dopera la croissance et corrigera le déficit des caisses sociales en amenant de nouveaux cotisants.

Une véritable dynamique économique verra le jour avec l’accès de milliers de chômeurs à l’emploi et qui deviennent à leur tour des consommateurs et dopent la demande. L’État enregistrera davantage de recettes et aura, par conséquent, les moyens d’assurer une politique sociale efficiente et d’engager les réformes urgentes. Notamment, celle de l’enseignement, afin de préparer l’étape suivante celle de l’ouverture sur la concurrence étrangère tant sur le marché local qu’à l’internationale.

Depuis sept ans, je n’ai cessé de prôner le protectionnisme au milieu de l’indifférence générale. Je constate, aujourd’hui, que, de plus en plus, de voix m’emboitent le pas. Bientôt, cela deviendra une évidence. J’espère que d’ici-là nous aurons réussi à le mettre en application. Je reste persuadé que c’est la seule voie de salut pour notre économie et notre pays.

Dans la conjoncture actuelle, le protectionnisme est plus avantageux que tous les autres mécanismes dont la subvention1. S’il limite la concurrence extérieure, il lui substitue une concurrence intérieure. Les entreprises locales seront mises en compétition les unes par rapport aux autres, dans chaque secteur d’activité. Il ne manquera pas d’amener nos entreprises à hisser la qualité de leurs productions et à maitriser les coûts et accomplir leur mise à niveau afin qu’elles soient prêtes à affronter la compétition à l’internationale. Il s’agit bien évidement de protéger des secteurs d’activité et non des entreprises. La finalité étant de procéder à une sélection naturelle où ne survivrait que les entreprises saines, capables d’assurer leur pérennité. Le choix des secteurs visés par le protectionnisme répond à quatre critères : être une activité où nous avons un savoir-faire, offrant une grande employabilité, nécessitant une faible technologie et un investissement raisonnable.

Presque comme un corollaire à cette politique économique, je préconise une mise à plat du système fiscal. Trop compliqué, truffé de niches dont l’utilité et l’efficience n’ont jamais été établies, notre fiscalité doit se réduire à une imposition progressive par paliers d’une échelle de douze tranches en privilégiant le revenu du travail à celui de la rente.