La santé a un coût mais pas de prix.

La santé a un coût mais pas de prix.

La santé est précieuse mais coûteuse. Si elle n’a pas de prix, elle a un coût assumé par la communauté nationale en vertu d’un choix social solidaire. L’État est ainsi amené à être un opérateur fondamental du système de santé. Il lui incombe d’assurer à tous l’accès à la santé. Par conséquent, de mettre à la disposition du praticien l’infrastructure et la plateforme technique qui lui permet d’assurer son obligation de moyens.

Un challenge auquel sont confrontés les pays qui comme le nôtre ont fait le choix de la solidarité nationale. Or, l’attente et la demande légitimes en matière de santé se heurtent à des ressources limitées. Les besoins et les coûts sont en perpétuelle progression face à des budgets de santé à l’élasticité limitée.

La rationalisation des services et l’intensification de l’exploitation des moyens matériels et humains indispensables restent toujours insuffisants pour faire face à la demande. Il est impératif de revoir le système de financement afin de lever davantage de fonds pour subvenir aux besoins. Il est clair que les taux de cotisation actuels à la caisse nationale d’assurance maladie sont insuffisants. Néanmoins, leur majoration ne va pas sans occasionner certains préjudices tant au niveau de la charge sociale de l’entreprise que des employés. Ceci ne manquera pas de grever les coûts de production et le pouvoir d’achat des ménages.

Un des mots clefs de cet imbroglio est la reprise de la croissance économique et par conséquent de l’emploi. L’État pouvant alors disposer de meilleures recettes fiscales et budgétaires et les caisses d’un nombre accru de cotisants. A ce titre, et dans l’immédiat, l’approche économique protectionniste, que je développerai dans un chapitre dédié, me parait offrir les conditions de la relance économique nécessaire.

La première ligne de santé supporte un poids considérable lié à la forte médicalisation de la population, de plus en plus avertie. Elle n’est pas suffisamment nantie en moyens humains et matériels. Son infrastructure se résume en locaux basiques, inadaptés et mal entretenus. Son activité est à mi-temps et l’absentéisme fréquent du personnel aggrave la charge qui pèse sur ceux qui assurent les consultations. Celles-ci sont souvent sommaires et se font sans écoute réelle ni auscultation. Les problèmes n'étant pas résolus, poussent les malades à solliciter de nouvelles consultations. L’absence de médecins spécialistes ou compétents dans certaines des affections les plus fréquentes ou chroniques oblige l’orientation d’un nombre important de consultants vers la deuxième, voire la troisième ligne. Sans parler des urgences pour lesquelles nous n’avons pas les moyens d’explorer ou de bilanter.

La seconde ligne destinée à être le cadre propice pour assurer le suivi et la prise en charge de l’essentiel des cas d'affections chroniques ou sérieuses, souffre à son tour des travers de la première ligne. L’équipement dont elle dispose est souvent en panne ou manque de consommable, ce qui affecte la prise en charge.

La troisième ligne supposée être le fleuron de la médecine dans notre pays, peine à assurer son rôle et à tenir son rang. Outre les carences qu’elle partage avec les autres maillons, la troisième ligne a le plus souffert des mauvais choix politiques ou plus précisément de leur incohérence.

 

La première ligne doit intégrer, outre les omnipraticiens, des médecins spécialistes ou compétents en diabétologie, hypertension, asthme et broncho-pneumopathie chronique obstructive, gastroentérologie et radiologie. Elle doit être organisée en consultation de groupe avec une plateforme technique comportant au moins un petit laboratoire d’analyse pour les fondamentaux, une unité de radiologie de débrouillage avec un échographe et un fibroscope gastrique. L’activité devrait se dérouler en séance double, pour répondre efficacement à la pression de la demande en soins

 

Les patients doivent être rattachés par une carte de santé à un centre unique de consultation, avec un dossier consultable à distance dans le cas où ils se trouveraient en déplacement et obligés de consulter, par nécessité, un autre centre. La numérisation du dossier médical doit être la règle pour éviter les consultations et les prescriptions compulsives. Cette approche valorisera les médecins de première ligne et permettra la prise en charge ambulatoire d’un certain nombre de patients qui auraient été dirigés vers la seconde ligne. Celle-ci à son tour devra être mise à niveau en matière d’équipement et fonctionner en régime de double séance.

La troisième ligne, faite de praticiens chevronnés, aura la mission de prendre en charge les cas les plus difficiles et pointus, d’assurer la formation des jeunes médecins et de conduire des travaux de recherche. C’est la glorieuse carrière hospitalo-universitaire qui fait la fierté de tout le pays. Des femmes et des hommes qui, au prix de lourds sacrifices, parviennent au sommet de leur art et auquel ils ont choisi de se consacrer. Tout en étant exigent sur le respect du contrat tacite que suppose l’engagement dans une carrière hospitalo-universitaire, je plaide pour une revalorisation des émoluments de ces praticiens. Des salaires qui leur assurent une vie digne pour récompenser à sa juste valeur, les multiples missions qu’ils assument.

Généralement, quand on est nommé chef de service, c’est pour la vie. Les cas de révocations des chefs de service sont anecdotiques. Ils ne sont soumis à aucune évaluation de leur activité aussi bien hospitalière qu’universitaire. Je propose que l’on procède à un audit externe tous les cinq ans pour statuer sur l’activité conduite et sa conformité avec les objectifs assignés. La fonction de chef de service, ainsi conditionnée, exigera de son titulaire une vigilance et une rigueur décuplée.

Le médecin, comme toute personne en activité et peut-être plus que toute autre, puisqu’il a entre les mains le bien-être et la vie de ses semblables, doit être contraint d’attester d’une formation continue selon un programme aux objectifs clairement établis.

J’en viens au médicament, l’un des postes les plus importants de dépense de santé. Un effort louable a été accompli dans la promotion de l’industrie pharmaceutique nationale et dans son encadrement par des structures de contrôle et de régulation. Pas moins de 44 unités industrielles opèrent dans la fabrication du médicament, elles couvrent 67% du volume pour 46% du chiffre d’affaire. De par leurs tailles et leurs ressources, elles sont incapables d’assurer une activité de recherche et développement.

L’implantation des unités de production est aléatoire. Elles sont très éloignées de la faculté de pharmacie, dont la plus proche unité est à soixante-dix kilomètres. N’aurait-il pas été plus judicieux de leur consacrer un espace dans la zone industrielle avoisinante, pour stimuler l’interactivité avec les enseignants et les chercheurs ?

L’État se doit d’entreprendre une action de régulation et de rapprochement de ces unités, sous la forme de consortiums, afin de créer des synergies et de regrouper les ressources du capital pour maîtriser les coûts de production et booster la recherche et le développement. Il est de son devoir de créer des pôles de recherche dédiés au médicament comprenant des chimistes, des pharmacologues, des biologistes, des statisticiens, des juristes et des marketeurs, afin de répondre aux attentes des industriels en matière d’innovation et de résolution des problèmes. Le financement de ces centres pourra se faire en partie par une imposition des industriels, sur la production et par une contribution de l’État, sous la forme d’un investissement récupérable sur les produits de l’innovation.

En attendant que ces réformes soient mises en application et qu’elles portent leurs fruits, il urge de procéder à une liste limitative des médicaments restreinte aux 350 produits réellement efficients, recommandés par l’OMS.