Femme et femmes.

Femme et femmes.

Il est du devoir du pouvoir public de lutter efficacement et avec la plus grande détermination, contre toute forme de violence. Il lui incombe non seulement de protéger les victimes, de les sécuriser et de les soustraire à cette condition avilissante, mais également de prendre en charge l’agresseur, de l’astreindre à un suivi psychologique et d’user de la loi pour lui signifier les limites à ne pas outre passer. La victime doit bénéficier non seulement d’un abri de refuge mais aussi d’une allocation et d’un soutien qui restaure son intégrité brisée ou fêlée et de l’aider à se reconstruire.

Certes, nous avons été les pionniers de la libération de la femme dans le monde arabe avec le code du statut personnel, qui constitue une avancée remarquable dans le monde arabe et au-delà, mais la femme n’est pas pour autant rétablie dans ses droits. Le poids de la tradition et l’éducation opèrent comme une force indéniable de résistance et de repli. Malheureusement, ce sont souvent les femmes, elles-mêmes, qui entretiennent, à travers l’éducation dispensée à leurs enfants, la prétendue prééminence masculine. Il en découle qu’un travail massif de sensibilisation en profondeur, doit être entrepris dans ce sens. Il s’agit d’un processus de longue haleine qui nécessitera un certain temps pour porter ses fruits. Je suis de ceux qui attachent autant d’intérêt à l’accompagnement, à la persuasion, à la pédagogie qu’à la répression.

De ce fait, j’ai une certaine appréhension vis-à-vis de la facilité qui se contente de légiférer, d’édicter et de promulguer des lois. Souvent, l’outil juridique s’il n’est pas accompagné d’un travail de fond suscitant l’adhésion générale se révèle plutôt un outil de clivage. Rien n’est plus cher à mes yeux que l’union des tunisiens, je parle d’union et non d’unité. Les tunisiens dans l’union sont à la fois unitaires autour de l’essentiel et multiples de par la liberté que leur offre la diversité. Chaque fois que notre peuple a été uni, il a accompli de grandes avancées historiques, alors que le clivage et la division font le lit de la faiblesse et de l’asservissement.

 

L’injustice est, justement, un des facteurs les plus clivant, elle favorise le désengagement et le rejet de l’appartenance à l’entité nationale, c'est-à-dire au destin commun. En raison de cela, j’attache un intérêt particulier à combattre l’injustice qui frappe les femmes.

 

La femme, cet être précieux dans sa spécificité ne devrait plus souffrir de la maltraitance de notre société. Je suis épaté par ces femmes qui n’assurent pas moins de trois vies. Elles sont des professionnelles actives, des mères attentionnées, en charge des tâches domestiques, suivent la scolarité des enfants et s’engagent dans la vie politique ou associative. Or quel que soit le champ d’activité, elles doivent se battre pour combattre le handicap injuste du genre. Au travail, elles sont sous rétribuées jusqu’à 30% moins que les hommes, à égalité de compétence et de diplômes. Au foyer, elles souffrent souvent du manque de soutien du conjoint. Dans la vie publique, elles ont du mal à accéder aux premières responsabilités.

Les lois électorales, en vigueur depuis la révolution, ont certes permis des avancées indéniables, pour dégager certains obstacles qui empêchaient l’accès des femmes aux responsabilités politiques. Néanmoins, les exigences de parité ont été établies, sans tenir compte du réel degré de motivation et d’aptitude de la femme à la vie publique. Ainsi, nous avons eu droit à un ratissage largua manu et à une chasse aux candidates pour combler les listes. Certaines n’étaient pas nanties pour assurer des fonctions de cet ordre, ce qui a porté préjudice à l’image de la femme. Il s’agit d’une pratique contre-productive et d’apparat, nuisible, à travers quelques exemples d’impréparation médiatisés.

 

A cela, je préfère une démarche sereine, réfléchie, menée en profondeur qui amènerait à un changement des mentalités. La bataille sera gagnée le jour où l’entreprise embauchera la femme sans se soucier de son genre et sans considérer la maternité comme un drame de nature à entraver la bonne marche de l’entreprise. La bataille sera gagnée, le jour où les conjoints s’impliqueront naturellement dans l’activité ménagère et dans le suivi de la scolarité des enfants. Le jour où les femmes se retrouveront dans les instances dirigeantes des partis politiques et des associations, en nombre et en qualité. Un certain chemin a été parcouru mais il reste encore beaucoup à réaliser toujours en profondeur mais sans brutalité.