Écologie…mode de vie.

Écologie…mode de vie.

Le réchauffement climatique, la raréfaction des ressources naturelles, l’adoption de nouveaux comportements et mode de consommation sont au cœur des préoccupations des pays développés. La prise de conscience et la sensibilisation autour des questions environnementales sont perçues de ce côté-ci de la méditerranée comme une lubie de riches. Elles sont considérées comme étrangère à notre réalité, sans rapport avec nos soucis quotidiens. Bref, des inquiétudes de sociétés de surconsommation sans rapport avec notre indigence. Certes, nous sommes naufragés d’un même navire, comme dirait Antoine de Saint-Exupéry, mais la pression du moment l’emporte sur des considérations planétaires. 

En effet, comment convaincre les habitants de nos hameaux enclavés de renoncer à se servir de la forêt pour récupérer du bois de chauffe ou y pâturer ? Comment convaincre nos citoyens que l’espace public est une propriété commune dont la propreté incombe à tous ? Comment persuader nos industriels, nos artisans, les professionnels de la santé et même l’ONAS de ne pas déverser dans la nature leurs déchets ? Comment convaincre nos pêcheurs de respecter les périodes de repos biologique et d’abandonner la surpêche ? Comment réhabiliter notre tradition culinaire plus saine et moins coûteuse ? Comment réparer les dégâts causés par l’adoption des semences génétiquement modifiées qui placent notre agriculture sous tutelle, détruisent notre patrimoine génétique, menacent notre sécurité et souveraineté alimentaire et notre santé ? Comment convaincre le consommateur et l’industriel d’abandonner les produits en plastique jetables et nocifs dont les sacs d’emballage, les bouteilles en PVC, les pailles, les couverts, assiettes et plateaux-repas et autres, qui dégageront notre environnement des déchets solides irréductibles et réhabiliteront des supports traditionnels et artisanaux ? Comment convaincre nos communes d’adopter des plans d’urbanisme plus respectueux de la nature et une architecture harmonieuse conforme à notre climat et à nos traditions ?   

 

 

Notre quotidien s’en ressent. Notre vie n’est plus la même. Notre paysage se dégrade à vue d’œil. Notre pays est devenu une grande poubelle à ciel ouvert à laquelle nous nous sommes habitués et résignés. Notre belle Tunisie se fane. Nos forêts reculent et se clairsement, nos plages se polluent et notre mer devient un désert liquide, l’air de nos centres urbains est irrespirable aux heures de pointe.  Notre urbanisme ne respecte ni le paysage ni l’esthétique. Nos réserves naturelles sont assiégées et morcelées. Nos côtes sont défigurées par le béton. Nos terres agricoles fertiles se transforment en cités. La pierre étant devenu le seul refuge de placement autant pour les ménages que pour les entrepreneurs, la brique rouge a pris la place de la blancheur légendaire de nos façades.

Qu’avons-nous fait de notre beau pays ?

Le changement climatique n’est pas une vue de l’esprit, les habitants du sud et les agriculteurs peuvent en témoigner. La désertification et la raréfaction de la pluviométrie rétrécissent l’espace cultivable. Nous subissons le stress hydrique dans une inconscience quasi-généralisée, sans nous y adapter ou modifier nos comportements. La Tunisie louée par les poètes n’est plus aussi verte.

 

 En l’espace de quelques décennies, nos comportements ont été chamboulés. Nous avons acquis de nouvelles habitudes alimentaires. La pression consumériste et l’introduction de nouvelles denrées et préparations, nous ont détourné d’une tradition culinaire séculaire en phase avec notre terroir. En l’absence de repères et de valeurs, le tunisien est poussé à consommer frénétiquement au-delà de ses besoins et de ses moyens.  L’appel des enseignes, des grandes surfaces, des franchises et de la publicité devient insoutenable. Nous avons abandonné une certaine forme de frugalité apaisante pour nous lancer dans un mimétisme envieux du voisin.

 

Autant dire, chacun des points noirs évoqués mérite à lui seul une stratégie nationale. L’inversion de la tendance et l’adoption d’un nouveau comportement ouvre la possibilité de nouveaux emplois et de créneaux de croissance. L’abondant criminel du transport en commun délaissé au profit de la voiture et de ses lobbys, nous coûte cher. Outre l’hémorragie liée à l’importation des voitures et de leurs pièces de rechange, nous payons lourdement une facture énergétique d’hydrocarbures, nous allouons un budget conséquent à l’aménagement des routes et des ponts à leur entretien, nous polluons notre environnement, mais le plus grave est que la majorité de notre population, et en particulier les moins nantis, souffrent quotidiennement pour se déplacer. L’extension de la voie ferrée, de nos lignes de métro et de notre parc de bus améliorera notre quotidien et la qualité de notre vie. L’exploitation rationnalisée de notre parc forestier et l’intensification de la reforestation préserveront notre équilibre écologique, endigueront la désertification et développeront des activités dans l’industrie du bois, les plantes médicinales, la villégiature et l’écotourisme. La mer et son économie bleue nous offrent des perspectives incommensurables de développement. Notre pays qui est un don de la méditerranée de par l’étendue de son domaine maritime et sa position stratégique. Des domaines comme la biochimie marine, l’énergie marine (houle, vague et vent), l’aquaculture, la conchyliculture, le tourisme côtier et de plaisance, la protection de l’environnement marin, le transport maritime et logistique, la construction navale et l’activité portuaire sont autant d’activités à entreprendre et de leviers de croissance et d’emplois. La gestion de l’eau par l’intensification des points de rétention et l’entretien des barrages et des axes fluviaux est une urgence nationale. Un retard énorme a été enregistré dans le développement et l’application d’une stratégie nationale pour faire face à la menace de la pénurie en eau que tous les efforts doivent être conjugués pour y remédier en exploitant toutes les alternatives qui s’offrent à nous. Il ne s’agit plus de privilégier une piste particulière mais de mobiliser les différentes options tout azimut, du recyclage de l’eau à la désalinisation.

L’énergie verte est pour notre pays une option sérieuse pour l’autonomie et la sécurité énergétique avec autant de piste que de ressource. Dans un pays qui bénéficie de 280 jours d’ensoleillement, une attention toute particulière doit être accordée à l’énergie solaire. Toutefois, il est hors de question de laisser usurper cette opportunité comme cela a été le cas de nos réserves naturelles. L’énergie solaire doit être totalement tunisienne de la conception à l’exploitation. Aucune collaboration autre que technique ne serait acceptable.